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Quel est le propre du Tantra ?

Aujourd’hui, le Tantra est identifié à des pratiques de massage et de danse dans un cadre de thérapie par la libération des émotions refoulées. C’est le néotantra.

Le Tantra asiatique était plus vaste, assez proche du New Age : des pratiques en tous genres pour atteindre la prospérité et éviter les malheurs. En gros, 90% de l’hindouisme et du bouddhisme sont « tantriques » en ce sens.

Le Tantra non-dualiste, incarné dans le shivaïsme du Cachemire, est un peu différent. Il considère que la source de tout est en soi. La recherche du bonheur à l’extérieur est un malheur du à un profond aveuglement. 

Cette source est indicible, mais elle est évidente pour tous en tant que conscience et vie manifestée dans ses pouvoirs de perception et de création. 

Chacun de nous est l’absolu, la Conscience qui se perd dans ses propres créations, qui s’y oublie et qui aspire à retrouver sa liberté, mais sans le réaliser clairement. Le Tantra non-duel propose une pédagogie précise pour reconnaître en soi la Conscience absolu qui est tout en tous.

Cette réalisation bouleversante s’exprime dans des phrases du genre : « Je suis tout », « Comme les vagues dans l’océan, tout émane de moi », « Je suis omniscient et omnipotent », « Je me réalise à travers l’infinie variété des expérience », « Tout est mon libre jeu », et ainsi de suite.

Vu sous cet angle, ce Tantra non-duel ressemble à n’importe quel enseignement non-dualiste : « Je suis l’absolu », « Je suis infini comme l’espace », « Je suis l’unique réalité », « Je suis l’Être », etc.

Mais alors quel est le propre du Tantra non-dualiste ? 

Les autres approches non-duelles sont des approches par la connaissance, c’est-à-dire par la connaissance intellectuelle. Le Tantra emploie aussi le langage, les signes et les symboles. La différence est que le Tantra considère que ces signes (concepts, mots, phrases, symboles, images…) sont animés par une énergie, par un corps. C’est tout la différence. 

Chaque concept est en effet comme un cavalier monté sur un cheval qui représente un certain ressenti, une « énergie ». Cette énergie est désignée par un mot célèbre, prâna, l’énergie vitale, le souffle, aussi définit comme « sensation intérieure » (antah-sparsha), pour indiquer qu’il ne s’agit pas seulement d’énergie au sens général, mais bien des sensations intérieures, subjectives : chaud-froid, lourd-léger, tendu-détendu, opaque-transparent, mobile-immobile, plaisir-douleur, et ainsi de suite.

En ce moment, vous ressentez votre corps, n’est-ce pas ? Et bien c’est cela, le prâna. Et c’est le domaine de pratique du Tantra non-duel.

Le Tantra considère donc qu’il y a deux approches pour réaliser la non-dualité (« Je suis tout ») :
– soit par les concepts ; c’est la voie des échanges de type satsang, entretien non-duel, rituels, etc.
– soit par les sensations ; et c’est la voie propre au Tantra.

Plus précisément, au lieu d’être seulement attentif aux pensées ou de se reconnaître comme Témoin des pensées, je ressens les sensations dans leur source et leur évanescence : toute sensation est, en son fond, sensation infinie de l’Être sans limites. Telle est la pratique propre au Tantra. Voilà pourquoi le Tantra donne de l’importance au corps et à tout ce qui s’ensuit. Et voilà pourquoi les approches non-duelles purement intellectuelles rejettent le corps et tout ce qui s’ensuit. 

Dans le Tantra, au lieu de seulement observer les pensées, on plonge au cœur dans le ressenti sous-jacent aux pensées.

Concrètement, quand le Védânta ou une autre approche non-duelle intellectualiste prône le détachement, c’est-à-dire la compréhension que je ne suis pas les pensées ni le corps, le Tantra, quand il parle de détachement, invite à la détente profonde du corps.

Ainsi le Védânta (la principale approche non-duelle non tantrique) s’adresse seulement à l’intellect.
Le Tantra s’adresse aussi au corps.

Dans ce contexte, « accepter ce qui est » désigne deux pratiques ou deux « gestes » différents.

Dans le Tantra, « accepter » ne signifie pas comprendre que ce qui m’arrive fait partie d’un ensemble plus vaste (le cosmos, le destin, le karma, le tout, l’absolu, le jeu de la conscience…). Quand je suis dans une file d’attente et que je l' »accepte », je ne m’énonce pas des mots dans ma tête du genre : « ce qui doit arriver doit arriver, le choix est une illusion, il n’y a personne à qui ça arrive, tout est conscience ». 
Bien plutôt, je tourne mon attention vers les sensations, vers le corps subtil, vivant : les tensions se révèlent et cette attention sans commentaire, cette lumière silencieuse dénoue doucement ces tensions. Il n’y a rien de mental ni d’intellectuel. C’est une pratique sans pensée, sans signes ni symboles. Dans ce présent de transparence, le mental reste muet. Et dans le sillage de cette détente du corps, le bavardage s’apaise et les compulsions perdent de leur force. Le mental revient ensuite, mais l’approche tantrique est de dénouer l’esprit (le mental, le bavardage compulsif) par le corps, les pensées par le ressenti.

Bien sûr, il y a aussi un cadre intellectuel dans le Tantra non-duel. Et l’on exprime son ressenti par des mots ou des images. De même, le langage sert à guider la méditation. Mais l’essentiel se passe dans le ressenti. Quand le Tantra évoque l’absurdité du bavardage mental, il ne parle pas d’une philosophie du mental, d’une vision du mental. Le mental, d’ailleurs, n’est pas rejeté, pas plus que le corps. Mais quand dans le Tantra traditionnel vous entendez dire « le mental, quel bavard ! », ça n’est pas une invitation à comprendre une philosophie. C’est une invitation à faire silence intérieur. Directement, sans rien chercher de particulier. Un geste de détente, un saut direct dans l’expérience.

Quand le Tantra parle d’ego, il ne désigne pas vraiment un concept, une illusion à voir, etc., mais un ressenti particulier, une tension, une angoisse basée sur la confusion, que nous sommes invités à ressentir et à laisser se dénouer.

C’est en ce sens que le Tantra est une voie d’éveil par le corps. Du moins, dans le Tantra non-duel traditionnel.

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